Livres. Films. Musique

Archives mensuelles : novembre 2012

La semaine dernière s’est achevé la cinquième édition du S.T.A.R., organisé par Liyah. C’était ma première participation, je ne savais pas trop comment envisager un objectif de pages à lire, j’avais donc visé assez bas, 1450 pages. Et bien, je suis fière d’annoncer que j’ai doublé cet objectif en atteignant les 3189 pages lues.

Voici les titres lus pendant ce S.T.A.R. :

  • La nouvelle vie de Sophie S. de Lolly Winston (la fin seulement, je l’avais commencé avant le dévut du S.T.A.R.)
  • Stupeur et tremblements de Amlélie Nothomb
  • Ca déménage de Lucy-Anne Holmes
  • Dora Bruder de Patrick Modiano
  • Comme dans un film noir de Isabelle Alexis
  • L’embellie de Audur Ava Olafsdottir
  • Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger
  • Cinquante nuances de Grey de E.L. James
  • L’amour sans le faire de Serge Joncour
  • Jours sans faim de Delphine de Vigan
  • Melissa et son voisin de Meg Cabot (je n’ai pas pu le terminer pendant le S.T.A.R.)

Comme vous pouvez le constater, oeil-de-lynx que vous êtes, j’en ai profité pour combiner ce défi avec mon Big Challenge, en lisant des titres issus de mon challenge maison.

Ce S.T.A.R. m’a vraiment motivée, j’ai beaucoup lu, mais maintenant, je souffre d’une panne de lecture inquiétante. Je n’ai envie de rien lire, je commence un roman, je décide que cela ne me plaît pas, je le repose, j’en commence un autre, et ainsi de suite. Il faut dire que je suis en pleine préparation d’un nouvel entretien pour un nouveau poste, et que cela m’occupe beaucoup l’esprit. Peut-être que vendredi soir prochain, tout rentrera dans l’ordre.

Let’s go !


Quand le film s’ouvre, Augustine est employée comme servante dans une famille bourgeoise. Elle est prise d’un malaise assez spectaculaire en plein service, qui lui laisse tout le côté droit insensible, et notamment son oeil droit reste fermé. Elle va alors en consultation à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, pensant qu’on la soignerait. Le médecin qui l’examine décide de l’hospitaliser dans le service du docteur Charcot, qui en alors absorbé par ses recherches sur l’hystérie féminine.

Parce qu’elle fait une crise en présence de Charcot, celui-ci daigne enfin s’intéresser personnellement au cas d’Augustine. S’établit alors entre eux une relation étrange, tout d’abord sur le mode dominant/dominé, puis elle évolue vers un échange, une réciprocité.

L’action du film se déroule en novembre-décembre et la réalisatrice filme une nature sombre, presque hostile, notamment dans les jardins de l’hôpital, ce qui laisse une impression de froideur permanente, alors qu’Augustine aime les couleurs, Charcot le note dans ses comptes-rendus. Elle aime les rubans et les robes colorés, elle s’amuse avec le singe du docteur, elle est très vive malgré sa pathologie. J’ai trouvé ce travail sur les contrastes très intéressant, notamment l’opposition entre Augustine et la femme de Charcot, qui est une beauté froide et qui se sent menacé par cette patiente si particulière aux yeux de son mari. Celui-ci est un scientifique, il essaye d’analyser les réactions des malades de manière raisonnée, il observe des coupes de cerveaux pendant de longues minutes pour en déduire des vérités scientifiques, mais au contact d’Augustine, il perd parfois son sang froid et perd de sa rigidité, il est un homme comme les autres, qui éprouve des sentiments.

Le film est une critique de la façon dont on traitait les patients au XIXème siècle, ou en tout cas les femmes du peuple. Si Charcot s’intéresse autant au cas d’Augustine, c’est que celle-ci peut lui apporter la reconnaissance de ses pairs, plus particulièrement de ses messieurs de l’académie de médecine. Il obtiendra alors des subventions pour poursuivre ses travaux. Pour arriver à ses fins, il expose Augustine au regard de ses hommes cravatés et guindés, il provoque, sous hypnose, de nouvelles crises et tente sur elle des expériences humiliantes, tout ceci au nom de la médecine.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce film, j’ai trouvé Soko et Vincent Lindon merveilleux, et je me demande comment ce dernier peut interprêter des personnages aussi différents au fil des films avec toujours autant de talent. On aime critiquer le cinéma français, moi je l’ai toujours défendu et quand on voit ce premier film si plein de promesses, je me dis que j’ai raison.

Alice Winocour, Augustine, 2012, 1h42, avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni


Dans ce roman, il est question de deux être écrasés de solitude : Franck, qui a perdu son frère Alexandre, qui n’a pas parlé à ses parents depuis dix ans, qui vit seul à Paris, et Louise, qui a une situation professionnelle précaire, qui vit seule elle aussi, mais à Clermont-Ferrand. Alexandre était son compagnon. En plein été, ils vont se retrouver à la ferme, chez les parents de Franck, chez ceux que Louise considère toujours comme ses beaux-parents.

J’ai reçu ce livre  dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister (si vous cliquez sur ce lien, vous arrivez sur la fiche produit du livre). J’avais choisi ce titre après avoir vu Serge Joncour chez François Busnel et sa Grande Librairie. Il parlait très bien de son livre, ce qui m’a donné envie de le  lire. Je tiens à souligner que dans la même émission était présent Olivier Adam et que lui aussi donnait très envie de lire son roman. Mais je l’avais déjà lu… Comment ça, ça n’intéresse personne ? Une occasion de citer mon auteur chouchou est toujours bonne à prendre.

Revenons à nos moutons. Enthousiasmée par le dialogue entre le beau gosse de la littérature et le spirituel auteur barbu, je m’apprêtais à passer un très bon moment de lecture. Si j’ai été séduite par l’écriture, l’histoire, elle, m’a laissée sur ma faim. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, je n’ai pas pu m’empêcher de comparer ce roman avec Les Lisières, d’Olivier Adam (pas taper, pas taper). Il y a là aussi le retour du fils chez ses parents après avoir déserté, le rapport au frère, à la filiation en général : « Le dernier-né dans une famille c’est souvent le préféré, parce que c’est celui qui fait croire aux parents que le temps ne passe pas, qu’il y aura toujours de l’enfance à pousser derrière eux, il entretient en eux cette illusion de jeunesse, alors qu’en regardant l’aîné ils se sentent déjà vieux. » (p. 100). De plus, le côté social du travail, la précarisation des salariés, sont ici aussi abordés.

Au jeu de la comparaison, j’ai préféré Les Lisières, même si encore une fois, l’écriture est vraiment sensible et subtile. Certains passages m’ont même pas mal chamboulée : « Ne pas avoir d’enfant, c’était se condamner à rester l’enfant de ses parents. Passé quarante ans, si l’on a toujours pas de môme, il est sans doute impossible de s’émanciper de sa propre jeunesse, de s’en dégager définitivement, de devenir autre chose pour ses parents que leur enfant. » (p. 145)

Un point reste à éclaircir : le titre. Je n’ai pas compris, mais sans doute ma compréhension était-elle émoussée, comment Serge Joncour avait choisi ce titre pour son roman.

Une fois n’est pas coutume, je donne une note à ma lecture, 14/20.

Serge Joncour, L’amour sans le faire, Flammarion, impr. 2012, 320 pages.