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Archives mensuelles : janvier 2014

En 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Bénédicte Drot entre au service des Treives en tant que gouvernante. Elle devra gérer le fonctionnement de cette maison bourgeoise du XVIIème arrondissement de Paris, dont les habitants sont des marchands d’art juifs, ce qui lui pose un problème de conscience dans la mesure où elle est issue d’une famille catholique, conservatrice et militaire.

J’ai été attirée par ce texte car il a été adapté pour la télévision il y a quelques années. Le rôle titre était interprété par Louise Monot, une actrice que j’aime beaucoup. J’avais un peu relégué ce roman dans les tréfonds de ma mémoire, mais en rangeant les rayonnages de la médiathèque un dimanche après-midi, je suis tombée en arrêt devant ce titre avec l’envie de le lire, enfin.

Vous serez d’accord avec moi, il est toujours gênant de lire un roman après en avoir vu l’adaptation. J’aime bien visualiser les personnages et forcément, Mademoiselle Drot avait les traits de Louise Monot et Madame Treives ceux de Mélanie Bernier. Une fois cet obstacle passé, j’ai savouré ma lecture car l’écriture d’Hélène Millerand est très belle, elle coule, limpide et n’est jamais heurtée, même quand les personnages sont dans la tourmente. A bien des égards, l’héroïne n’est pas quelqu’un que j’aurais aimé avoir pour amie : elle a des idées bien arrêtées sur la religion, sur ce qu’il convient de faire ou pas, sur qui sont les gens biens (certainement pas ses patrons en tout cas, au prétexte qu’ils sont juifs). Elle n’éprouve aucun sentiment pour sa fille alors qu’elle vénère le fils de ses patrons et est prompte au jugement. Mais elle est solide comme un roc, elle traverse toutes les tempêtes sans jamais s’écrouler. On peut s’appuyer sur son épaule solide pour se sortir de n’importe quelle situation.

J’ai beaucoup aimé ce roman très court (158 pages) même si je regrette d’avoir vu l’adaptation télévisée avant de le lire. On y découvre un destin de femme brisé qui essaie de tracer sa route parmi les hommes dans une France à la croisée des chemins. A découvrir, donc.

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Dans le cadre du festival du film « Télérama », mon amie Gwenola et moi avions décidé d’aller voir Heimat, seule occasion pour nous de visionner ce film dans la mesure où il n’avait jamais été projeté à Quimper ! Une fois nos agendas accordés, rendez-vous fut pris pour dimanche et lundi au cinéma d’art et essai local. Ce que je n’avais pas osé avouer à Gwenola, qui est quelqu’un de très cultivé, capable de lire une thèse de doctorat sur l’hystérie par pure curiosité intellectuelle, c’est que j’avais très peur de m’ennuyer pendant les 1h47 et 2h08 que durent les deux parties de cette oeuvre. Non pas que le noir et blanc me rebute (dans mon panthéon personnel figure The Third Man de Carol Reed), pas plus que l’allemand sous-titré (j’adore la langue de Goethe au contraire) mais il me semblait qu’Edgar Reitz avait privilégié la contemplation à l’intrigue.

Mais au fait, de quoi ça parle ? En 1842, en Allemagne donc, on suit l’histoire de la famille Simon à travers le destin de Jakob, le fils cadet. Il préfère lire qu’aider son père à la forge, et apprend la langue des Indiens car il nourrit le rêve d’émigrer au Brésil. En effet, à cette période, beaucoup de familles allemandes pauvres fuient la famine et la misère. Mais quand son frère aîné Gustav rentre du service militaire, sa destinée va être bouleversée et son amour pour Jettchen mis à l’épreuve.

Le premier volet du film s’intitule « Chronique d’un rêve » et c’est vrai que j’avais l’impression de suivre le rêve éveillé de Jakob, ses fantaisies, son éveil à l’amour et ses déambulations dans la nature dont il est très proche. Les retours à la réalité sont d’autant plus rudes qu’il est d’une naïveté touchante. Le travail du réalisateur sur le noir et blanc est magnifique et j’étais sottement fière de moi quand j’identifiais quelques mots d’allemand mais le temps m’a semblé trèèèès long jusqu’au dénouement. J’ai failli flancher et renoncer à voir le second volet « L’Exode », le lendemain. Mais une parole est une parole, et j’avais rendez-vous avec Gwenola, j’ai donc repris le chemin du cinéma vaillamment. Après avoir échangé notre salle avec les spectateurs de Blue Jasmine, venus plus nombreux, Heimat II a commencé et tout de suite on entre dans le vif du sujet. Et cette fois, je me suis laissée porter par les évènements, qui s’enchaînent vers un climax funeste pour mieux nous entraîner vers la lumière ensuite.

Finalement, j’étais contente d’avoir pu voir Heimat I et II car j’ai le sentiment que c’est une oeuvre  magistrale cinématographiquement parlant. C’est une démonstration technique, dans la mise en scène, la direction des acteurs (qui sont très bons), le jeu de lumière, le travail sur le noir et blanc… Mais je sais que mon cerveau « bon public » ne peut pas se contenter exclusivement d’oeuvres de ce type et a besoin de films plus simples mais tout aussi importants (je pense à Philomena de Stefen Frears, vu il y a deux semaines). Au programme tout bientôt j’espère : Lulu femme nue de Solveig Anspach.

Petit clin d’oeil à ma mère, qui, quand je lui ai parlé du film, m’a dit « Ah ! Heimat ! C’est un concept très important en Allemagne, la Patrie ». J’étais bluffée. Depuis le temps, je devrais savoir qu’elle sait plein de choses, mais là, elle m’a spontée comme on dit ici. You’re a killer, Mum, I love you so much !


Je me souviens de cette chanson de Tété que je chantais de bon coeur quand j’étais étudiante, il y a donc fort longtemps. Je faisais de longs trajets en voiture entre le lieu de mes études et le domicile de mes parents, et aujourd’hui comme hier, j’ai besoin de chanter quand je conduis, pour rester attentive, pour couvrir les miaulements de mon chat mécontent d’être enfermé dans sa cage pour une durée indéterminée, pour dépenser mon énergie quand je ne peux pas appuyer sur la pédale d’accélération.

En ce moment, une nouvelle vie se met en place pour moi  : j’ai enfin trouvé un nouveau poste, signe du renouveau professionnel que j’attendais depuis si longtemps. Je vais donc déménager, quitter les amis que j’ai mis tellement de temps à me faire, mais surtout trouver une nouvelle source d’oxygène et retrouver le public ont j’ai été privée quatre longues années.

Cette  chanson colle parfaitement à la situation, ce que dit Tété, je devrais l’appliquer pour me sentir mieux :

En revenant de bon matin
De chez le boulanger chercher mon pain
JE tombe sur Mia, une amie qui me dit:
« Tu as l’air en paix avec toi même aujourd’hui »
Puis elle me parle de yoge, de tai-shi,
Alors là je lui dis:
« Non, non, non tu n’y es pas baby,
C’est juste que je me laisse un peu pousser les envies. »

Je me les suis coupées pendant longtemps,
Consciencieusement,
Moi je trouvais que ça m’allait pas
Mais eux disait que ça
Fait plus propres sur soi, t’sais,
Ma vie est plus drôles qu’avant maintenant
Et bien plus jolie depuis que je me laisse pousser les envies