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Dans le cadre du festival du film « Télérama », mon amie Gwenola et moi avions décidé d’aller voir Heimat, seule occasion pour nous de visionner ce film dans la mesure où il n’avait jamais été projeté à Quimper ! Une fois nos agendas accordés, rendez-vous fut pris pour dimanche et lundi au cinéma d’art et essai local. Ce que je n’avais pas osé avouer à Gwenola, qui est quelqu’un de très cultivé, capable de lire une thèse de doctorat sur l’hystérie par pure curiosité intellectuelle, c’est que j’avais très peur de m’ennuyer pendant les 1h47 et 2h08 que durent les deux parties de cette oeuvre. Non pas que le noir et blanc me rebute (dans mon panthéon personnel figure The Third Man de Carol Reed), pas plus que l’allemand sous-titré (j’adore la langue de Goethe au contraire) mais il me semblait qu’Edgar Reitz avait privilégié la contemplation à l’intrigue.

Mais au fait, de quoi ça parle ? En 1842, en Allemagne donc, on suit l’histoire de la famille Simon à travers le destin de Jakob, le fils cadet. Il préfère lire qu’aider son père à la forge, et apprend la langue des Indiens car il nourrit le rêve d’émigrer au Brésil. En effet, à cette période, beaucoup de familles allemandes pauvres fuient la famine et la misère. Mais quand son frère aîné Gustav rentre du service militaire, sa destinée va être bouleversée et son amour pour Jettchen mis à l’épreuve.

Le premier volet du film s’intitule « Chronique d’un rêve » et c’est vrai que j’avais l’impression de suivre le rêve éveillé de Jakob, ses fantaisies, son éveil à l’amour et ses déambulations dans la nature dont il est très proche. Les retours à la réalité sont d’autant plus rudes qu’il est d’une naïveté touchante. Le travail du réalisateur sur le noir et blanc est magnifique et j’étais sottement fière de moi quand j’identifiais quelques mots d’allemand mais le temps m’a semblé trèèèès long jusqu’au dénouement. J’ai failli flancher et renoncer à voir le second volet « L’Exode », le lendemain. Mais une parole est une parole, et j’avais rendez-vous avec Gwenola, j’ai donc repris le chemin du cinéma vaillamment. Après avoir échangé notre salle avec les spectateurs de Blue Jasmine, venus plus nombreux, Heimat II a commencé et tout de suite on entre dans le vif du sujet. Et cette fois, je me suis laissée porter par les évènements, qui s’enchaînent vers un climax funeste pour mieux nous entraîner vers la lumière ensuite.

Finalement, j’étais contente d’avoir pu voir Heimat I et II car j’ai le sentiment que c’est une oeuvre  magistrale cinématographiquement parlant. C’est une démonstration technique, dans la mise en scène, la direction des acteurs (qui sont très bons), le jeu de lumière, le travail sur le noir et blanc… Mais je sais que mon cerveau « bon public » ne peut pas se contenter exclusivement d’oeuvres de ce type et a besoin de films plus simples mais tout aussi importants (je pense à Philomena de Stefen Frears, vu il y a deux semaines). Au programme tout bientôt j’espère : Lulu femme nue de Solveig Anspach.

Petit clin d’oeil à ma mère, qui, quand je lui ai parlé du film, m’a dit « Ah ! Heimat ! C’est un concept très important en Allemagne, la Patrie ». J’étais bluffée. Depuis le temps, je devrais savoir qu’elle sait plein de choses, mais là, elle m’a spontée comme on dit ici. You’re a killer, Mum, I love you so much !