Livres. Films. Musique

Archives de Tag: Olivier Adam

Comme vous le savez (ou pas d’ailleurs mais désormais ce sera chose faite) Olivier Adam est mon auteur chouchou. Dès qu’il sort un nouveau roman, je me précipite  en librairie. Je pensais donc me précipiter le 22 août dernier, je me demandais juste si je pouvais me présenter à l’ouverture des librairies ou s’il valait mieux attendre l’après-midi pour ne pas avoir l’air d’une droguée en manque. Comme l’auteur habite à proximité, la presse locale avait fait paraître de nombreux articles qui me donnaient LES adresses des librairies qui auraient à coup sûr le livre en rayon. Vous riez, je vous entends derrière votre écran, mais depuis je suis allée dans une librairie qui ne l’avait pas. Je ne dénoncerai pas mais je ne félicite pas les libraires de Dinan (ils ne sont pas aimables, je n’ai aucun scrupule). Comment s’est terminée mon « aventure » ? (oui parce que je suis bien gentille avec mes digressions mais vous aimeriez bien avoir le fin mot de l’histoire tout de même !). Et bien, elle n’eut jamais lieu. Imaginez plutôt…

Nous sommes le lundi 20 août, soit deux jours avant la sortie officielle du roman. Nous sommes rentrés prématurément de vacances la veille, écrasés par les 39 degrés rencontrés en Corrèze et dans la Vienne. Un peu hébétés, un rien déçus par notre retour précipité, ma mère nous propose de nous rendre dans une grande chaîne de produits culturels pour y chercher un guide touristique qui nous mènerait vers des contrées moins hostiles. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de voir des piles et des piles des Lisières, avec la photo de son auteur placardée sur le bandeau promotionnel de l’éditeur. Je me suis empressée d’en saisir deux exemplaires (un pour l’offrir à ma mère et un pour moi) sans demander mon reste, au cas où l’on m’aurait interpellée pour que je les repose « Et toi, là-bas ! Rends les livres, ils sont juste en présentation, la sortie officielle, c’est après-demain ». Mais non, on ne m’a pas poursuivie à travers tout le magasin. J’ai même demandé comment il était possible que Les Lisières soient déjà mis en vente, mais personne ne m’a répondu de façon claire.

Je n’ai tenu qu’une soirée à la tentation avant de lâchement abandonner ma lecture en cours, La dernière conquête du Major Pettigrew de Helen Simonson, pour commencer le nouveau roman d’Olivier Adam.

Son héros, Paul, a quitté la banlieue parisienne où il a grandit pour la Bretagne, avec sa femme Sarah et leurs enfants Manon et Clément. Il n’a eu aucun mal à rompre tout lien avec sa jeunesse et a le sentiment de revivre au bord de la mer. Mais quand s’ouvre le récit, Sarah l’a quitté, elle habite désormais leur maison, avec leurs enfants, sans lui. Il les regarde vivre en oubliant presque, lorsqu’il raccompagne ses enfants chez leur mère, qu’il n’a plus le droit de l’embrasser sur la bouche comme avant, qu’il n’a plus le droit de se glisser derrière les fourneaux ni de dormir dans la chambre conjugale. L’hospitalisation de sa mère l’oblige à quitter son nouveau lieu de vie et à regagner les lieux de son enfance, à affronter son père et son frère, qui lui reprochent tous les deux son éloignement.

J’ai essayé de lire ce roman sans précipitation, en savourant les mots, car l’écriture d’Olivier Adam, si elle n’est pas alambiquée, se mérite, ne souffre pas la vitesse excessive. De plus, c’est la première fois qu’il livre un volume conséquent (454 pages) alors qu’il nous avait habitué à de plus petits livres (environ 250 pages au maximum) qui m’incitaient, personnellement, à vouloir tourner les pages de plus en plus vite pour connaître le fin mot de l’histoire. Ici, le volume impose de prendre son temps. Encore une fois, j’ai beaucoup apprécié le style, l’écriture, la manière de faire parler les personnages et surtout l’idée que l’être humain peut être défaillant, n’est pas un super héros mais a aussi des périodes sombres et douloureuses. J’ai aimé les nuances du narrateur, pour lequel j’ai éprouvé de l’empathie quand il se voit mettre à la porte de sa propre vie de famille (quelle que soit ses responsabilités dans l’affaire) mais aussi de l’agacement, notamment quand il se comporte légèrement avec Sophie (je reste vague pour ne pas trop en dévoiler si vous avez prévu de lire Les Lisières). Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman, c’est la face sociale qu’il expose. Le narrateur est confronté à ses amis de jeunesse, à leur travail, à leur incompréhension devant son métier d’écrivain qui est parti vivre au bord de la mer, qu’ils considèrent donc perpétuellement en vacances. Ils ne peuvent pas croire qu’il comprenne leur réalité à eux, faite de fins de mois difficiles, de peur de l’autre, d’enfermement social.

Toutefois, le « secret de famille » découvert par le narrateur censé expliquer son mal être et sa dépression depuis l’enfance m’a paru artificiel, je n’ai pas du tout cru à ce qui m’apparaît comme un stratagème littéraire. C’est peut-être un terme trop fort, mais j’ai vraiment eu cette sensation. La fin également m’a semblé trop facile, trop impossible aussi. Sarah n’était pas dans la position de rendre la vie aisée à Paul, et ce qui est envisagé est pour moi plus qu’improbable.

Me reste un sentiment mitigé, ce que je déteste quand je referme un livre, car j’en ai aimé la globalité, mais les nuances que j’apporte m’apparaissent trop fortes pour dire que j’ai adoré. C’est un très bon roman, dont l’écriture m’a impressionnée, mais l’oeuvre majeure d’Olivier Adam restera pour moi Les vents contraires, qui alliaient style et histoire magistralement.

Bien sûr, je vous recommande cette lecture de toutes mes forces. Encore une fois, merci Monsieur Adam. Au plaisir de, peut-être, vous rencontrer à S.-M.

Olivier Adam, Les Lisières, Flammarion, DL 2012, 454 pages

Publicités